Mon vieux pote le sac à dos

Publié le par Florie


Partir au Japon, c'est d'abord partir à Paris. Plus précisément, partir à la recherche de mon sac à dos de voyage qui se trouve quelque part dans la maison de mon père en banlieue parisienne.
Bwa... Juste écrire "banlieue parisienne" me fait frissonner la colonne vertébrale: le RER A et ses passagers aux cernes interminables, pris en otage entre le stress et l'envie profonde de sombrer dans la déprime. Les rues bétonnés étouffantes sans arbres ni verdures. Une surabondance de publicités qui vendent des trucs débiles en nous prenant sournoisement pour des débiles. Et cette ambiance généralisée de raz le bol et de morosité passive qui contamine chacun d'entre nous. Oh désespoir que cette banlieue parisienne! 
Alors que Paris, Paris... Le stress et le temps qui défile à toute allure ne changent rien au cadre somptueux de cette ville impériale. Il y aura toujours le pont des arts et ses artistes, à la vingtaine éternelle. Les crèmes brûlées croustillante, tiédies aux chalumeaux, servies sur des grandes nappes blanches bien repassées avec une petite cuillère de toutes élégances. Tous les touristes émerveillés devant la tour Eiffel, au sourire fier, le regard certain d'avoir accompli quelque chose d'unique dans leur vie. Les petites pièces de théâtre qu'on savoure le temps d'un apéro et les concerts qui s'éternisent jusqu'à bien plus tard que le dernier métro. Finalement, le seul vrai défaut de Paris se ne sont pas ses rues, ni ses monuments… mais ses habitants!
Paris - Banlieue: Je  retrouve à chaque fois toutes les raisons pour lesquelles j'en suis partie.

La maison de mon père c'est différent. Le jardin fleuri, les voisins toujours content de me voir, les deux ou trois potes qui s'arrêtent boire l'apéro, et ce beau soleil d'été qui m'accueille lorsque je retrouve ma chambre d'adolescente.
Mes cartons sont toujours là, bien rangés et étiquetés, attendant que je grandisse pour les oublier et les redécouvrir à nouveau. Aujourd'hui c'est l'un d'entre eux que je cherche: "souvenirs et carnets de voyage". Après avoir déménagé tout ce qui pouvait l'être, je le trouve tout en bas de la pile (bien évidement). Je l'entrouvre petit à petit comme un coffre au trésor et je découvre pleins de carnets auxquels je n'ai plus pensé depuis longtemps. Mon premier voyage en Croatie, mes carnets de New York et d'Irlande, et tout le Japon. Six carnets qui décrivent jour pour jour mon premier voyage, il y a dix ans déjà.
Je redécouvre mon premier périple avec grand plaisir.

 

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Je fouille un peu plus loin et trouve mon carnet de temple. Un carnet de temple est un petit livret que l'on fait calligraphier lorsqu'on visite un édifice spirituel. C'est surtout lui que je cherchais, car il continuera son voyage avec moi, au Japon.

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Mais le plus dur reste à faire: ou est mon sac à dos de voyage? Cela fait bientôt trois ans que je l'ai posé quelque part dans cette maison.
La dernière fois que nous nous sommes vu c'était au retour du Pérou. Nous avions partagé la route ensemble pendant deux ans et tout ce que je pouvais posséder ne pouvais excéder ce qu'il pouvait contenir. Je l'avais acheté en Francs, pour mon premier chantier archéologique à l'âge de 17 ans. C'est mon vieux compagnon, qui a toujours été partout avec moi. Et depuis trois ans il se repose, il reprend des forces pour repartir bien plus loin. Bien évidemment, nous avions fait le Japon ensemble, alors même si il faudra le recoudre un peu, comment y retourner sans lui? Je nous dois bien ça. Alors en route pour le grenier!

Poussière et courants d'airs, le grenier est complètement vide. Et mon sac?
J'hurle avec puissance afin que mon cri domine toute la maison: " Papaaaaaa!!!!!!!"
Il m'explique qu'il profite de l'été pour installer de nouvelles étagères. Tout est dans le cabanon du jardin. Dans le cabanon du jardin? Là ou j'ai vu ma plissé grosse araignée de mon enfance? Oulala, la tâche s'avère être beaucoup plus compliqué que prévu. Je me dirige vers le dit cabanon et découvre en ouvrant la porte un immense conglomérat de sacs et cartons contenant près 50 ans de bordel, enfin... "d'archives" comme dirait mon père. La vie de mes parents, mon enfance... Tout y est! Et au cœur de cette matrice indéménageable: mon vieux pote le sac à dos qui été passé sans mot dire, du repos à l'abandon. Tout de même, je tente une recherche en escaladant à gauche, soulevant deux ou trois trucs à droite... mais c'est impossible. Il y a trop de possibilités et pas assez de temps.
Tout de même, je m'étonne de ne pas avoir pensé à cette éventualité lorsque j'avais rangé mon sac il y a trois ans. Je ne l'aurai pas laissé aller au gré du vent sans moi.
Je rentre à la maison et m'interroge. Je ne sais pas pourquoi je pensais qu'il était dans le grenier. Ou aurais-je pu le ranger en étant certaine de le retrouver des années après? Certainement pas dans le grenier mais à coup sûr dans la lingerie! C'est là que petite, je cachais mes cassettes vidéo. Mon père avait effacé un épisode de Tintin pour enregistrer je ne sais quoi à la place (Alors que j’avais enregistré toute la série! Vous vous rappelez? Le générique Jouets Club... Tananinaninana....)
Et oui, ma planque idéale n’avait toujours pas été démasquée. Fatigué d'avoir tant attendu, il avait pris la poussière, mais il était bien là, prêt à reprendre la route.
Et c’est à deux que nous rentrons en Savoie. Mon vieux pote et moi.

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Publié dans Voyage au Japon

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P
Je ne sais pas si tu t'en souviens, mais ton vieux pote "Le Sac à Dos" M'a accompagné en reportage pendant la première année de guerre en Afghanistan... (il s'est, d'ailleurs, courageusement<br /> comporté). LOL.
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